Vous êtes ici : Accueil > Articles > Test : Grand Theft Auto IV > GTA IV, le jeu vidéo à l'âge adulte

Test : Grand Theft Auto IV


Testé sur PS3 / X360
Publié le 01/05/2008 Par Mathieu Chartier

Initialement attendu comme le détonateur du marché des consoles de nouvelle génération à la veille de Noël, GTA IV avait finalement été reporté de quelques mois par Rockstar afin de se voir offrir les finitions qu’il méritait. Et malgré les plus folles rumeurs (souvent liées à la tentative de rachat de Take-Two par EA), GTA IV vient bel et bien de débarquer à la date prévue, 29 avril que les amateurs de la série n’en pouvaient plus d’attendre. S’il est encore trop tôt pour dire si l’électrochoc commercial qu’attendaient Sony et Microsoft aura bien lieu (et ce même s’il est évident que GTA IV est promis à un succès mondial de très grande envergure), il est toutefois sûr et certain que l’attente n’aura pas été vaine. Car les équipes de Rockstar ont mis à profit les trois années et demi qui nous séparent de la sortie de GTA : San Andreas (2004) pour faire de ce GTA IV le point de départ d’une nouvelle ère pour leur jeu, GTA se vivant désormais en HD et les évolutions techniques leur ayant donné la possibilité de pousser toujours plus loin leur logique. Mais limiter GTA IV à une simple évolution technique de la série serait malhonnête tant c’est le schéma de jeu tout entier qui s’en voit modifié. Tour d’horizon du meilleur jeu open-world jamais créé !

Comment éviter la polémique au moment d’accueillir un nouveau jeu estampillé Grand Theft Auto ? Impossible, le jeu de Rockstar ayant été depuis bien longtemps désigné comme le bouc émissaire des fervents militants contre la violence vidéoludique. Il faut dire que l’irrévérence assumée des créatifs de Rockstar, leur goût prononcé pour la provocation et le politiquement incorrecte ont joué comme autant de déclencheurs des foudres de lobbys conservateurs à travers le monde. GTA, trois initiales devenues l’ennemi commun de tous les réfractaires au jeu vidéo et lorsque les grands médias généralistes relancent le débat de la violence appliquée au jeu vidéo, c’est forcément la série de Rockstar que l’on prend pour exemple, et ce même si l’immoralité n’est pas l’exclusivité du développeur américain, ce que les joueurs savent bien. GTA reste donc intimement lié à la polémique, sert les discours politiques, dérange autant qu’il fascine, et a d’ailleurs clairement profité de ce climat sulfureux pour construire son succès et le mythe qu’il représente. Phénomène sans précédent dans un monde du jeu vidéo qui n’a jamais été aussi présent sur la scène médiatique, GTA IV ne pouvait sortir sans raviver de vieux discours. Et pourtant, si ce GTA de nouvelle génération conserve les mécaniques qui ont fait le succès de la série depuis ses débuts, son ossature a bien évolué et Rockstar a conçu avec brio un terrible jeu de genre. Plus polar noir, plus premier degré et plus cinématographique que jamais, GTA IV impose une nouvelle maturité pour la série, n’en déplaise aux joueurs qui adulaient le fun et le second degré caricatural des épisodes précédents. Il est ici question d’infiltrer de façon très réaliste toutes les branches imaginables de la mafia et de se frotter aux pires gangsters du milieu, un univers que le jeu traite avec un sens du sérieux totalement captivant. Plus de phallus d’or à voler chez un réalisateur de porno installé dans les hauteurs de San Andreas, GTA IV est plus terre à terre. Sombre et verbeux, on y décèle un traitement du jeu de gangster que Tarantino n’aurait pas renié.

GTA IV - Test - 02/05/08 GTA IV - Test - 02/05/08
GTA IV est plus terre à terre. Sombre et verbeux, on y décèle un traitement du jeu de gangster que Tarantino n’aurait pas renié

Tout cela pour dire que plus que les épisodes précédents encore, GTA IV est un jeu pour adultes. Sans détours, il propose au joueur de plonger dans un univers où les codes sont inflexibles, où le respect ne se gagne que par la force, où les insultes sifflent aussi vite que les balles et duquel, pris dans l’engrenage, il est impossible de sortir. Ainsi, les médias généralistes se sont vus offrir une occasion en or de revoir leur jugement et de traiter – enfin ! – le média jeu vidéo avec tout le respect qu’un jeu de cet acabit mérite. Nous y aurons cru un court instant, grâce à la rédaction de Libération qui titrait "GTA, le plus grand jeu vidéo du monde" pour un article loin des déceptions habituelles qui su mettre le doigt là où il fallait : "Avec GTA IV, le jeu vidéo passe à l’âge adulte". L’espoir aura cependant été de courte durée, les diverses apparitions médiatiques de GTA IV ayant finalement été assez consternantes dans l’ensemble, puisque sujettes à faire ressurgir les vieux démons de l’addiction, de la barrière séparant virtuel et réel, psychiatres ignares et personnalités bien pensantes à l’appui. Non, GTA IV n’a pas eu droit au traitement qu’il mérite de la part de grands médias généralistes toujours prompts à s’en prendre au jeu vidéo, du moment qu’ils trouvent un alibi. Le pire étant évidemment le manque d’intérêt flagrant qu’ils éprouvent au final pour la chose vidéoludique, et l’ignorance la plus totale dont ils font preuve au moment d’alimenter la chronique. Alors oui, GTA IV est un jeu violent et immoral. Non, il n’a aucune raison de tomber entre les mains d’un jeune joueur qui n’en appréciera même pas le sens, y voyant tristement un simple défouloir, bain de sang et grand n’importe quoi urbain. Alors que là n’est clairement pas l’essence de GTA IV. Mais ce ne sont pas là des raisons suffisantes pour ne pas rendre hommage à l’immense expérience proposée par le nouveau jeu de Rockstar qui repousse les limites (narratives et immersives, notamment) du média jeu vidéo. N’en déplaisent à certains, GTA IV est bien un chef d’œuvre au même titre que les grands polars ténébreux qui définissent le cinéma de gangsters.

Réactions

Vous devez être identifié pour réagir à cet article

Login :
Pass :
 

Espace Membre

Identifiant : Mot de passe :

Devenir membre

Publicité

A lire

Tous les articles

Images & Vidéos